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ANATOMIE ET BOTANIQUE : 400e ANNIVERSAIRE DE LA CRÉATION DU JARDIN BOTANIQUE DE STRASBOURG (1619-2019)

Portrait de Secrétaire Général Collège
Date: 
Lundi, 28 Octobre, 2019 - 07:30

Parmi les premiers jardins botaniques figurèrent ceux créés en Italie au seizième siècle, à Padoue (1545) [site classé au patrimoine mondial de l'UNESCO comme le plus ancien jardin botanique encore existant], à Pise et Florence (1545), et à Bologne (1568). Dès l'origine, la plupart de ces jardins eurent des relations étroites avec les institutions universitaires, la première chaire de botanique paraissant celle de Padoue créée en 1533. Les grandes villes commerçantes de l'Europe du Nord organisèrent progressivement les leurs, avec parmi les plus célèbres ceux de Hambourg (1540), Zurich (1560), Cassel (1567), Vienne et Berlin (1573), Gœttingen (1576), Leipzig (1580), Kœnisberg (1581), Jena (1586), Breslau (1587), Bâle (1589), Leyde (1590), et Heidelberg (1593). Pour le royaume de France, le premier jardin botanique fut celui de Montpellier (1593). Des liens privilégiés entre anatomie et botanique sont anciens comme le démontre, par exemple, l'octroi par le roi Henri IV à Pierre Richer de Belleval (v.1564-1632) d'une "régence" avec pour mission d’enseigner à Montpellier "l’anatomie en tems d’hiver et l’explication des simples et plantes, tant estrangères que domestiques, le printemps et l’ésté", fonctions de professorat se traduisant dans le blason du nouveau professeur où figuraient une jacinthe et un fémur croisés. Par la suite, les créations se poursuivirent avec notamment Copenhague (1600) et Giessen (1609).

Dans ce contexte, un jardin botanique [Hortus medicus] fut créé à Strasbourg en 1619. Depuis le treizième siècle, Strasbourg était une ville libre d'Empire [Freie Reichstadt], relevant du Saint-Empire romain germanique, passée au protestantisme lors de la Réforme ; la langue pratiquée était donc l'allemand (ce n'est qu'en 1681 que la ville sera rattachée à la France par Louis XIV). Une Académie y avait été instituée en 1566, habilitée à délivrer le baccalauréat et la licence (pour le doctorat, il fallait s'inscrire dans une Université, les plus proches étant alors celles de Heidelberg et de Bâle). L'enseignement de la médecine était assuré par deux professeurs titulaires, l'un de médecine théorique [Theoricus], et l'autre de médecine pratique [Practicus]. Les statuts académiques prévoyaient que : "Ces deux professeurs doivent alternativement ou selon leur convenance et le bon vouloir de la Faculté, professer, toujours à côté de leurs cours sus-indiqués, la botanique et l’anatomie. À cette fin, ils pourront s’adjoindre des gens compétents surtout dans les exercices anatomiques" [art. 3 des Statuts], et encore : "Tous les deux en hiver, si l’occasion se présente, donneront une démonstration publique d’anatomie dans l’amphithéâtre destiné à cet usage... et en été, si on leur demande, ils expliqueront les plantes d’une utilité journalière, et les simples employés en pharmacie" [art. 5]. En réalité, le professeur de médecine pratique était plus particulièrement chargé de l'anatomie et de la botanique. Le nouveau jardin botanique, créé par le Magistrat de la ville principalement dans l’esprit d’un usage pédagogique, fut installé dans le quartier verdoyant de la Krutenau, sur une parcelle de terrain cédée par le couvent Saint-Nicolas-aux-Ondes (emplacement identique jusqu'en 1870, et correspondant à celui de l'actuelle École des arts décoratifs).

Johann Rudolph SALZMANN (1574–1656) fut nommé premier directeur du jardin botanique de Strasbourg en 1619. Il avait commencé ses études à l'Académie de Strasbourg et les avait poursuivi à l'Université de Heidelberg, puis principalement de Bâle, en particulier auprès de Felix Platter (1536–1614) et de Caspar Bauhin (1550–1624), professeurs de renommée internationale. J.R. Salzmann avait soutenu sa thèse de doctorat en médecine à Bâle en 1597 sur l'hydropisie [De hydrope]. Après son doctorat, un voyage académique – tradition à l'époque – l'avait mené à travers l'Europe : en France à Paris, Montpellier, et Salon-de- Provence, en Italie à Padoue, Bologne, Rome, et Venise, et enfin un retour par Vienne et Ulm. En 1611, il avait été nommé professeur de médecine à l'Académie de Strasbourg et, de plus, médecin-physicien de la ville. Il fut le premier enseignant à développer réellement l'anatomie et les dissections. J.R. Salzmann, connaissant la plupart des grands jardins botaniques d'Europe, eut un rôle essentiel dans la création de celui de Strasbourg. Son effort porta tout particulièrement sur la constitution de collections de plantes médicinales, et il insista sur l'intérêt d'une collection botanique et d'une classification systématique pour la connaissance de types nombreux et variés. Deux ans plus tard – en 1621 – l'Académie de Strasbourg était transformée en Université, avec les quatre Facultés traditionnelles (théologie, philosophie, droit, et médecine), et pouvait dès lors délivrer le grade de doctorat.

Le jardin botanique strasbourgeois connut un développement remarquable et rapide, puisqu'en 1623 déjà, l'illustre Bauhin – dont J.R. Salzmann avait été l'élève à Bâle – dédiait son ouvrage majeur de botanique "PINAX theatri botanici" [grec pinax /pinax, ici en capitales : catalogue] à Adam Zorn von Plobsheim (1559-1623), "préteur" et scholarque de la nouvelle Université de Strasbourg. Caspar Bauhin, nommé professeur d'anatomie et de botanique à Bâle en 1588, avait fondé le jardin botanique de cette ville en 1589, et avait publié, en 1605, un manuel d'anatomie "Theatrum anatomicum" qui connut un immense succès avec de nombreuses rééditions (son nom est longtemps resté attaché à la valvule iléocæcale, dite de Bauhin). Bauhin décrivait, dans la préface de son ouvrage, le jardin de Strasbourg comme "splendissime" ["Accedit & illud non minimum, quod prudenti consilio, Medicæ Facultatis commodo summo juvandi studio, Hortum Medicum splendissimum instruxisse vos audiverim..."] et, dans la liste des contributeurs ayant donné des plantes ou des graines [“Nomina eorum qui plantas vel semina communicarunt”], citait J.R. Salzmann [“Poliater & Medic. professor Argentinæ”, "Argentina" étant l'une des dénominations latines de Strasbourg].

Les liens entre l'anatomie et la botanique apparaissent donc comme une tradition européenne ancienne. Au Jardin royal des plantes médicinales ou "Jardin du Roy", créé en 1640 à Paris (futur Muséum national d'histoire naturelle), fut ainsi également instituée une chaire d'anatomie. À Strasbourg, lors de la création d'une troisième chaire à la Faculté de médecine, dévolue à l'anatomie, celle-ci resta officiellement couplée à la botanique. En 1708, elle devint chaire d'anatomie et de chirurgie, la botanique étant désormais rattachée à la chaire de matière médicale ; dans d'autres Universités toutefois, cette séparation fut bien plus tardive, jusqu'au milieu du dix-neuvième siècle. Si ce lien entre les deux disciplines peut s'expliquer pour de simples raisons d'organisation des enseignements pratiques au fil des saisons – l'anatomie en hiver et la botanique en été – un lien plus profond, scientifique et biologique, existe aussi, c'est l' "anatomie des deux Règnes" (Règne végétal et Règne animal) comme l'indiquera plus tard, par exemple, le sous-titre des “Annales des Sciences d'Observation” de Saigey et Raspail (1829). Les travaux de Henri-Marie Ducrotay de Blainville (1777-1850) démontrèrent, en particulier, ces liens essentiels entre les deux règnes, entre l'anatomie humaine et comparée et la botanique : "En outre du principe de finalité, si anciennement et si légitimement accrédité, qui domine tous les faits de l'anatomie comparée la plus générale, il est de la plus haute importance de recourir actuellement au principe posé par M. de Blainville dans la science de l'organisation des animaux. Ce principe logique, que nous croyons être rationnellement applicable à la science générale des corps organisés, nous semble devoir être formulé ainsi dans son application à l'anatomie des deux règnes : ‘Forme extérieure traduisant le fond des organismes et les conditions extérieures de leur existence’. La science est redevable à M. de Blainville d'avoir posé et démontré toute l'importance du grand principe de la forme qui se lie si intimement à celui de la finalité" [Dictionnaire des sciences naturelles, suppl. t. 1, Paris-Strasbourg, 1840, p. 197]. Nommé professeur titulaire de la chaire d'anatomie et de zoologie de la Faculté des sciences de Paris en 1812, Blainville devint, en 1832, titulaire de la prestigieuse chaire d'anatomie comparée du Muséum d'histoire naturelle, succédant à Georges Cuvier (1769-1832).
[résumé de la conférence du Professeur Jean-Marie Le Minor à la séance du 18 octobre de la Société Anatomique de Paris]

Références :
1 - Rioux J.A., Le Jardin des plantes de Montpellier. Quatre siècles d'histoire, Graulhet, Odyssée éd., 1994.
2 - Gagnieu A., La botanique universitaire en Alsace, au jardin, au laboratoire, dans Les sciences en Alsace 1538-1988 (H. Duranton dir.), Strasbourg, Oberlin éd., 1989, p. 239-257.
3 - Hennick J., Le jardin botanique de Strasbourg et ses directeurs aux XVIIe et XVIIIe siècles, thèse doct. méd. Strasbourg, 1990.
4 - Le Minor J.M., Les sciences morphologiques médicales à Strasbourg du XVe au XXe siècle, Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg éd., 2002 (554 p.).
5 - Laget P.L., Le développement paradoxal de l'anatomie et de la chimie dans un sanctuaire de la botanique : le Jardin royal des plantes médicinales, In Situ. Revue des patrimoines. 2017; 31.
Lien : http://jardin-botanique.unistra.fr/actualites/actualite/article/portes-o...

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